Réponse à Claude Sicre
27/ 09/ 2008
Claude Sicre a raison sur un point : l’occitan n’est pas une langue régionale. Il ne fait pas partie du patrimoine national français et donc l’inscription des langues dites régionales dans la Constitution française n’est qu’une péripétie sans grande importance tant qu’une loi protectrice ne sera pas votée par le Parlement. En revanche, son idée de nationaliser les langues « régionales » est tout simplement absurde. La langue ethnique de la nation française c’est le français. La nation française ne se limite d’ailleurs pas à la partie de l’hexagone où elle est la langue d’origine, elle englobe la Wallonie, la Suisse romande et le Québec (moins les territoires peuplés d’Amérindiens) On ne peut pas nationaliser ce qui n’appartient pas à la nation française. Dans l’Etat français, il n’y a pas une seule nation française existant de toute éternité mais une nation outrageusement dominante : la nation française et des nations ou morceaux de nation dominés avec leurs langues propres : l’Occitanie mais aussi la Bretagne, le Pays Basque, la Catalogne pour ne donner que quelques exemples. Que ces nations aient été au cours de l’histoire conquises par la nation française par le fer ou le feu ou par alliance géopolitique ne signifie nullement qu’elles aient disparu même si la conscience nationale de leurs populations est plus ou moins faible. Si les langues territoriales autres que le français ont participé, comme le prétend Claude Sicre, à l’identité de la France, c’est en servant de repoussoir. Durant la période révolutionnaire, il s’agissait d’éradiquer ces « patois (mot qui n’a aucune valeur scientifique) forcément parlés uniquement par des « réactionnaires »
En outre, on ne peut pas mettre sur le même plan les langues territoriales et les langues des communautés immigrées même s’il est légitime que l’Etat protège ces dernières. Sous prétexte que les Hmong du Laos viennent de s’installer en Guyane, cela n’en fait pas des autochtones, pas plus que les « Français » de la métropole d’ailleurs. Oui, les langues ont bien un territoire et correspondent à une ethnie, elles sont l’indice synthétique de la nation comme l’explique François Fontan dans son livre Ethnisme, vers un nationalisme humaniste, paru en 1961. La taille de ce territoire a varié au cours des siècles mais pour ce qui est de l’Europe, les ethnies se sont stabilisées depuis le 10ème siècle environ. Certaines ont réussi à constituer un Etat, d’autres comme l’occitane n’y sont pas parvenues et sont sous la domination d’ethnies numériquement plus fortes et plus agressives. Leur situation est inconfortable surtout dans l’Etat français qui a pratiqué une politique musclée d’assimilation. Le résultat est clair : pour les plus hautes autorités de l’Etat et la classe politique, nous sommes tous français. Les sénateurs qui ont fait preuve de frilosité dans leur vote sur les langues « régionales » ont tout à fait raison de redouter un éventuel démantèlement de la République une et indivisible. Puisque Claude Sicre cite l’exemple de l’Espagne, on voit bien que les « autonomies » dont jouissent les Basques et les Catalans ne vont pas jusqu’à leur permettre le droit à la séparation. Ainsi le gouvernement de Madrid empêche le chef du gouvernement autonome basque de procéder à une consultation du peuple basque sur la souveraineté. Osons le dire : nous ne voulons pas du statu quo actuel où nous sommes citoyens français sans que notre identité ethnique (mot tabou en France) soit reconnue. Si nous voulons de l'autonomie des régions occitanes même mal découpées c'est seulement comme étape avant un état occitan indépendant de la France, de l’Espagne (Val d’Aran) et de l’Italie (vallées occitanes du Piémont) avec l’occitan (pour l’instant dans sa variété dialectale) comme langue officielle. C’est un projet ambitieux mais nous ne désespérons pas de réussir à convaincre nos compatriotes occitans malgré le poids de leur aliénation (en France, ils se croient français puisqu’on le leur répète depuis des siècles !)
Quand Claude Sicre nie la répression de la langue d’oc, il participe au négationnisme ambiant dans les livres d’histoire, la culture et les média. Les « Français » ont abandonné leurs langues ethniques non par choix, comme il l’affirme, mais parce que la promotion sociale ne passait que par le français, langue forcément universelle et prestigieuse et parce qu’on leur a lavé le cerveau à l’école et dans la vie publique. Une langue de mémoire c’est une langue morte. Nous n’imposons pas l’occitan, nous incitons les Occitans à se le réapproprier. Claude Sicre a fait le choix de devenir français occitanophone, c’est son droit. Nous, nous sommes occitans et parions que notre avenir c’est une Occitanie indépendante, membre de l’Union européenne et de l’ONU.
Jean-Pierre Hilaire, vice-président du Parti de la Nation Occitane

